Comment l'argent est créé au Canada, étape par étape
Au Canada, la plus grande partie de l'argent est créée lorsqu'un prêteur consent un prêt et inscrit un nouveau dépôt au compte de l'emprunteur. Les billets et les soldes de règlement à la Banque du Canada sont les autres formes. Le capital, la liquidité, les emprunteurs, la rentabilité et le taux directeur limitent le crédit.
Vous entrez chez un prêteur, vous signez un prêt auto de 20 000 $ et vous repartez avec l'argent dans votre compte. La plupart d'entre nous tenons pour acquis que cet argent venait de quelque part: d'une voûte, d'une pile d'économies appartenant à d'autres gens, d'une réserve mise de côté exprès. Ce n'est pas le cas. Au Canada, la plus grande partie de l'argent nouveau voit le jour au moment même où un prêt est consenti, et il disparaît discrètement quand le prêt est remboursé.
Cette seule phrase surprend presque tout le monde la première fois qu'on l'entend. Elle m'a surpris, moi aussi.
Pourquoi une famille devrait-elle s'intéresser à une question qui semble aussi technique? Parce que la façon dont l'argent est créé détermine qui touche les intérêts sur cet argent. Chaque prêt hypothécaire, chaque marge de crédit, chaque prêt auto est un petit acte de création monétaire, et les intérêts de chacun reviennent à celui qui a consenti le prêt. Si vous passez votre vie active uniquement dans le rôle de l'emprunteur, vous payez ces intérêts sur presque tout ce que vous achetez. Si vous comprenez le processus, vous commencez à voir une deuxième possibilité: posséder vous-même du capital plutôt que de seulement le louer à d'autres.
Il y a aussi une raison plus discrète. Le sujet attire beaucoup de bruit. Certains disent que tout le système est une supercherie; d'autres disent qu'il est trop compliqué pour que le commun des mortels le suive. Ni l'un ni l'autre n'est vrai. La mécanique tient sur une seule page d'arithmétique, et une fois que vous l'avez vue, vous pouvez juger vous-même les affirmations les plus bruyantes.
Laissez-moi vous guider, une étape à la fois.
Quelles sont les trois formes d'argent au Canada?
Les Canadiens utilisent trois grandes formes d'argent: les billets de banque (avec les pièces) émis par la Banque du Canada et la Monnaie royale canadienne, les soldes de règlement que les institutions financières détiennent à la Banque du Canada, et les dépôts que les ménages et les entreprises détiennent chez les prêteurs. Les dépôts forment de loin la plus grande part, et les prêteurs en créent la plupart en prêtant.
L'étape 1 consiste simplement à nommer ce que vous avez entre les mains. Pensez un instant à l'argent qui circule dans votre propre vie.
Les billets dans votre portefeuille sont des billets de banque. Ils sont un passif de la Banque du Canada, la banque centrale du pays. Les pièces, fabriquées par la Monnaie royale canadienne, les accompagnent. Ensemble, ils forment l'argent que vous pouvez toucher, et pour la plupart des familles d'aujourd'hui, ils ne représentent qu'une petite partie des dépenses quotidiennes.
Le solde de votre compte chèques est un dépôt. C'est une promesse de votre prêteur de vous payer, sur demande, en billets ou en transférant l'argent là où vous le lui indiquez. Un dépôt est votre actif et le passif du prêteur. Quand vous payez votre épicerie en tapant votre carte, vous déplacez des dépôts, et non du papier.
La troisième forme est celle que la plupart des gens ne voient jamais: les soldes de règlement. Ce sont des dépôts que les institutions financières elles-mêmes détiennent à la Banque du Canada. Quand le prêteur de votre employeur paie votre prêteur, le règlement final entre ces deux institutions fait passer des soldes de règlement de l'une à l'autre. Vous pourriez y penser comme à l'argent des institutions.
| Forme d'argent | Qui l'émet | Qui la détient | À quoi elle sert |
|---|---|---|---|
| Billets de banque et pièces | Banque du Canada et Monnaie royale canadienne | Ménages et entreprises | Paiements en espèces |
| Soldes de règlement | Banque du Canada | Institutions financières | Règlement des paiements entre institutions |
| Dépôts | Prêteurs (banques à charte, coopératives de crédit, caisses, sociétés de fiducie) | Ménages et entreprises | Paiements par carte, virements, chèques, épargne |
Dans sa publication 2015-51-F (révisée le 19 mai 2021), la Bibliothèque du Parlement explique que la majorité de l'argent dans l'économie canadienne est créée lorsque les prêteurs consentent de nouveaux prêts, chaque prêt créant un dépôt correspondant. C'est le cœur de cette page. Les étapes qui suivent montrent comment cela fonctionne, et ce qui le garde sous contrôle.
Comment un prêt crée-t-il un dépôt, et où va l'argent ensuite?
Cinq freins
Ce qui limite vraiment le crédit au Canada
- 01Capital: le BSIF attend 11 % de CET1 des plus grandes
- 02Liquidité: paiements et retraits à honorer chaque jour
- 03Emprunteurs: quelqu'un de disposé et capable de rembourser
- 04Rentabilité: l'intérêt doit couvrir financement, frais et pertes
- 05Taux directeur: 2,50 % au 5 novembre 2026
Quand un prêteur approuve un prêt, il inscrit deux nouvelles écritures en même temps: un prêt qui lui est dû (un actif) et un dépôt qu'il doit à l'emprunteur (un passif). Ce dépôt est de l'argent nouveau. Quand l'emprunteur le dépense dans une autre institution, les deux prêteurs règlent le paiement au moyen de soldes de règlement à la Banque du Canada.
Étape 2: le prêt et le dépôt apparaissent ensemble
Prenons une famille hypothétique qui emprunte 20 000 $ pour acheter une voiture d'occasion. Le prêteur vérifie son revenu, ses antécédents de crédit et la valeur de la voiture, puis approuve le prêt. Voici ce qui change au bilan du prêteur au moment où le prêt est inscrit:
| Bilan du prêteur | Actif (ce qu'il possède ou ce qu'on lui doit) | Passif (ce qu'il doit) |
|---|---|---|
| Avant le prêt | (actifs existants) | (dépôts existants) |
| Nouvelle écriture | Prêt auto dû par la famille: 20 000 $ | Dépôt au compte de la famille: 20 000 $ |
| Variation | + 20 000 $ | + 20 000 $ |
Et voici le côté de la famille pour le même événement:
| Bilan de la famille | Actif | Passif |
|---|---|---|
| Nouvelle écriture | Dépôt dans son compte: 20 000 $ | Prêt auto dû au prêteur: 20 000 $ |
| Variation de la valeur nette | 0 | 0 |
Remarquez ce qui ne s'est pas produit. Le prêteur n'a pas puisé dans le compte de quelqu'un d'autre. Le solde d'aucun épargnant n'a diminué. Un nouveau dépôt de 20 000 $ est apparu, appuyé par un nouveau prêt de 20 000 $. Ce dépôt est de l'argent qu'on peut dépenser. Il n'existait pas la veille.
Remarquez aussi ce qui n'a pas changé: la valeur nette de la famille. Elle a 20 000 $ de plus dans son compte et doit 20 000 $ de plus. Personne ne s'est enrichi au moment de la signature. Ce détail aura son importance quand nous examinerons les affirmations populaires plus loin.
Étape 3: l'emprunteur dépense, et les institutions règlent
La famille paie maintenant le concessionnaire. Supposons que celui-ci garde son compte chez un autre prêteur. Le prêteur de la famille réduit le dépôt de la famille de 20 000 $. Le prêteur du concessionnaire augmente le dépôt du concessionnaire de 20 000 $. L'argent s'est déplacé, mais les deux institutions sont maintenant en déséquilibre l'une envers l'autre: l'une doit 20 000 $ à l'autre.
Elles règlent cette dette en soldes de règlement. Le prêteur de la famille transfère 20 000 $ de ses soldes de règlement à la Banque du Canada au prêteur du concessionnaire. Chaque jour, des millions de paiements circulent dans les deux sens, et les institutions règlent les montants nets.
Cette étape montre quelque chose d'important. Un prêteur qui prête plus vite que les autres institutions aura tendance à perdre des soldes de règlement, parce que ses emprunteurs dépensent de l'argent qui aboutit ailleurs. Pour rester en équilibre, il doit attirer des dépôts, emprunter auprès d'autres institutions ou ralentir. La capacité de créer un dépôt ne libère pas un prêteur de l'obligation de le financer.
Depuis le 23 mars 2020, la Banque du Canada applique ce qu'elle appelle un système de taux plancher. Elle maintient dans le système assez de soldes de règlement pour que les prêts à un jour entre institutions se négocient près du taux qu'elle verse sur ces soldes, appelé le taux de rémunération des dépôts. Depuis le 30 janvier 2025, ce taux se situe 5 points de base sous la cible de la Banque pour le taux du financement à un jour. Vous n'avez pas besoin de retenir les détails. Ce qu'il faut retenir, c'est que la banque centrale fixe le prix de l'argent à un jour, et que ce prix se répercute sur chaque prêt au pays. La page sur qui fixe les taux d'intérêt au Canada suit cette onde jusqu'à un ménage.
Est-ce que 1 000 $ deviennent vraiment 10 000 $?
Dans le modèle des manuels, oui: un dépôt de 1 000 $ avec un coefficient de réserve de 10 % soutient une chaîne de prêts dont le total s'approche de 10 000 $ de dépôts. C'est un modèle pédagogique utile. Il ne décrit pas le Canada, qui a éliminé graduellement les réserves obligatoires de 1992 à 1994, et où les prêts créent d'abord les dépôts.
L'étape 4 est la célèbre chaîne, parcourue tour par tour. Beaucoup d'entre nous l'avons rencontrée dans un cours d'économie au secondaire ou au cégep, alors elle mérite d'être présentée honnêtement.
Le modèle suppose que chaque prêteur doit garder 10 % de chaque dépôt en réserve et prête les 90 % restants. Quelqu'un dépose 1 000 $. Le prêteur garde 100 $ et prête 900 $. L'emprunteur dépense les 900 $, qui aboutissent en dépôt chez un autre prêteur, lequel garde 90 $ et prête 810 $. Et ainsi de suite.
| Tour | Nouveau dépôt | Gardé en réserve (10 %) | Prêté plus loin (90 %) |
|---|---|---|---|
| 1 | 1 000,00 $ | 100,00 $ | 900,00 $ |
| 2 | 900,00 $ | 90,00 $ | 810,00 $ |
| 3 | 810,00 $ | 81,00 $ | 729,00 $ |
| 4 | 729,00 $ | 72,90 $ | 656,10 $ |
| 5 | 656,10 $ | 65,61 $ | 590,49 $ |
| Après 10 tours (dépôts cumulés) | environ 6 513 $ | ||
| Après 20 tours (dépôts cumulés) | environ 8 784 $ | ||
| Limite de la série | 10 000 $ | 1 000 $ | 9 000 $ de nouveaux prêts |
Chaque tour est plus petit que le précédent. Le total grimpe vers 10 000 $ sans jamais le dépasser, parce que la somme de 1 000 + 900 + 810 + 729 et ainsi de suite est une série géométrique de raison 0,9, dont la limite est 1 000 divisé par 0,10. L'arithmétique est nette. La page sur le multiplicateur monétaire détaille la formule; je ne la répéterai donc pas ici.
Voici pourquoi il s'agit d'un modèle pédagogique et non d'une description du Canada.
D'abord, l'ordre est inversé. Dans le manuel, un dépôt arrive, puis un prêt est consenti à partir de ce dépôt. En pratique, comme l'a montré l'étape 2, c'est le prêt qui crée le dépôt. La Banque d'Angleterre l'a dit directement dans son article de 2014 du Quarterly Bulletin, « Money creation in the modern economy », où elle explique que le multiplicateur mécanique ne décrit pas la façon dont le crédit fonctionne.
Ensuite, il n'y a aucun coefficient fixe par lequel multiplier. Le Canada a éliminé graduellement les réserves obligatoires de 1992 à 1994, comme Bordo et Redish l'ont documenté dans la Revue de la Banque du Canada. À titre de comparaison, la Réserve fédérale des États-Unis a ramené ses coefficients de réserves obligatoires à zéro le 26 mars 2020. Si le coefficient est nul, la formule du manuel impliquerait une quantité infinie d'argent, ce qui ne se produit manifestement pas. C'est donc autre chose qui impose la limite.
Enfin, la chaîne exige que chaque emprunteur emprunte et que chaque prêteur prête à chaque tour. Dans la réalité, des gens refusent des prêts. Des prêteurs rejettent des demandes. De l'argent sort de la chaîne sous forme d'espèces, de paiements à l'étranger et de remboursements de prêts.
Gardez donc la chaîne pour ce qu'elle est: une image qui montre comment une fraction retenue rapetisse à chaque tour. Puis mettez-la de côté. L'étape suivante donne la vraie réponse.
Qu'est-ce qui limite réellement le crédit au Canada?
Étape par étape
Comment un prêt crée un dépôt
- 01Une famille demande un prêt de 20 000 $
- 02Le prêteur vérifie revenu, crédit et garanties
- 03Le prêteur inscrit un prêt de 20 000 $ à son actif
- 04Il crédite un nouveau dépôt de 20 000 $ à la famille
- 05De l'argent nouveau existe; la valeur nette est inchangée
Cinq éléments limitent le crédit au Canada: les règles de capital fixées par le BSIF, le besoin de liquidités pour régler les paiements et faire face aux retraits, l'offre d'emprunteurs solvables, la rentabilité d'un prêt une fois les frais et les pertes prévues déduits, et le taux directeur de la Banque du Canada, qui était de 2,50 % au 5 novembre 2026.
L'étape 5 remplace le coefficient de réserve par les vrais freins. Chacun agit d'une façon un peu différente.
Le capital. Le capital est la mise de fonds des propriétaires d'un prêteur, le coussin qui absorbe les pertes avant que les déposants soient touchés. Le BSIF, l'organisme fédéral qui réglemente les institutions de dépôt, s'attend à ce que les plus grandes institutions de dépôt sous réglementation fédérale, celles qu'il qualifie d'importance systémique intérieure, détiennent des fonds propres de catégorie 1 sous forme d'actions ordinaires (CET1) égaux à 11 % de leurs actifs pondérés en fonction des risques. Ces 11 % se composent d'un minimum de 4,5 %, d'une réserve de conservation de 2,5 %, d'un supplément de 1 % et d'une réserve pour stabilité intérieure de 3,0 %. La réserve pour stabilité intérieure a été fixée à 3,0 % à compter du 19 juin 2026, à l'intérieur d'une fourchette que le BSIF établit maintenant entre 0 % et 3 %, et elle est revue deux fois par année, en juin et en décembre. Chaque nouveau prêt ajoute des actifs pondérés en fonction des risques; chaque nouveau prêt exige donc plus de capital derrière lui. Un prêteur qui manque de capital doit cesser de croître, en réunir davantage ou réduire sa taille.
La liquidité. Comme l'a montré l'étape 3, l'argent qu'un prêteur crée part habituellement vers d'autres institutions. Le prêteur doit pouvoir régler ces paiements et faire face aux retraits, n'importe quel jour. Le BSIF surveille la liquidité autant que le capital. Un prêteur qui a beaucoup de capital mais pas d'argent disponible peut quand même avoir des ennuis; c'est le sujet de la page qui explique pourquoi manquer de liquidités n'est pas être insolvable.
Les emprunteurs. Un prêt exige quelqu'un qui est disposé à le contracter et capable de le rembourser. Quand les familles sont prudentes ou que les revenus subissent des pressions, la demande de crédit baisse et le crédit ralentit, peu importe ce que les règles permettent.
La rentabilité. Un prêteur prête quand les intérêts attendus dépassent son coût de financement, ses frais d'exploitation et les pertes qu'il prévoit sur certains prêts. Si un prêt n'est pas payant, il n'est pas consenti.
Le taux directeur. Le taux directeur de la Banque du Canada était de 2,50 % au 5 novembre 2026, après une hausse de 25 points de base annoncée le 28 octobre 2026. Ce taux fixe le coût de l'argent à un jour entre les institutions, qui se répercute sur les taux préférentiels, les prêts hypothécaires à taux variable et les marges de crédit. Quand le taux monte, emprunter coûte plus cher et moins de prêts ont du sens. Quand il baisse, c'est l'inverse. La Banque ajuste son taux pour garder l'inflation près de sa cible de 2 %.
| Limite | Ce contre quoi elle protège | Qui la fixe ou l'influence |
|---|---|---|
| Capital | Des pertes qui pourraient anéantir le prêteur | Règles du BSIF et propriétaires du prêteur |
| Liquidité | L'incapacité de payer aujourd'hui | Surveillance du BSIF et gestion du prêteur lui-même |
| Emprunteurs | Prêter à des gens qui ne peuvent pas rembourser | Ménages et entreprises |
| Rentabilité | Des prêts qui coûtent plus qu'ils ne rapportent | Tarification et évaluation des risques du prêteur |
| Taux directeur | Une croissance du crédit qui éloignerait l'inflation de 2 % | Banque du Canada |
Relisez le tableau et remarquez où se trouvent les réserves: nulle part. C'est la correction la plus importante à apporter à l'histoire des manuels.
Qu'arrive-t-il à l'argent quand un prêt est remboursé?
Quand un emprunteur rembourse le capital d'un prêt à partir d'un dépôt, le prêteur annule à la fois le dépôt et cette partie du prêt, et l'argent cesse d'exister. Les intérêts sont différents: ils deviennent un revenu pour le prêteur, qui les redistribue sous forme de salaires, de frais d'exploitation, d'impôts et de rendement à ses actionnaires.
L'étape 6 fait tourner le film à l'envers. Revenons à la famille hypothétique et à son prêt auto de 20 000 $. Chaque mois, elle fait un versement à partir de son compte chèques. Une partie de chaque versement est de l'intérêt et une partie est du capital.
La partie capital réduit deux choses à la fois: le dépôt de la famille et le prêt que le prêteur doit recevoir. Les deux côtés du bilan du prêteur rapetissent du même montant. L'argent qui a vu le jour à la signature du prêt cesse d'exister au fil des remboursements. La Banque d'Angleterre a fait la même remarque en 2014: tout comme les prêts créent des dépôts, le remboursement des prêts les détruit.
La partie intérêt, elle, ne disparaît pas. Elle passe du dépôt de la famille aux revenus du prêteur. De là, elle paie des salaires, des loyers, de la technologie, des impôts et les sommes versées aux actionnaires du prêteur, et la plus grande partie retourne dans l'économie sous forme de dépôts appartenant à d'autres personnes.
C'est pourquoi la quantité d'argent dans une économie augmente quand les nouveaux prêts dépassent les remboursements, et diminue quand les remboursements dépassent les nouveaux prêts. C'est aussi pourquoi les intérêts sont la partie qu'une famille devrait surveiller de plus près. Le capital que vous remboursez était, en un sens, le vôtre dès le départ: vous l'avez reçu et vous le rendez. Les intérêts, eux, quittent votre ménage pour de bon. La page sur ce qui se passe quand un prêt est remboursé approfondit ce cycle.
Quelles affirmations populaires sur la création monétaire faut-il corriger?
Le film à l'envers
Un remboursement fait disparaître de l'argent
- La famille fait un versement mensuel à même son dépôt
- La partie intérêt devient un revenu pour le prêteur
- La partie capital réduit le dépôt de la famille
- Le même montant est retranché du prêt
- Cet argent de dépôt n'existe plus
Quatre affirmations circulent beaucoup: le crédit serait une « faille d'argent infini », les prêteurs prêteraient de l'argent qu'ils n'ont pas, tous les prêteurs seraient insolvables, et l'argent serait créé à partir de rien. Chacune contient un grain de vérité enveloppé dans un malentendu. Les corriger calmement rend la vraie mécanique plus claire.
L'étape 7 consiste à séparer la part vraie de la part fausse. Je décris ces affirmations sans les attribuer à qui que ce soit, parce que ce qui compte, c'est l'idée, et non la personne.
« C'est une faille qui crée de l'argent à l'infini. » Une affirmation populaire soutient que, puisque chaque dépôt peut être prêté de nouveau, la chaîne crée de l'argent sans fin. Revenez au tableau de l'étape 4. Chaque tour vaut 90 % du précédent; les tours rapetissent donc. La somme d'une série géométrique décroissante est finie: 1 000 $ avec un coefficient de 10 % plafonnent à 10 000 $, et non à l'infini. Et dans le système réel, la limite est fixée par le capital, la liquidité, les emprunteurs, la rentabilité et le taux directeur, et non par un coefficient. Il n'y a pas de faille. Il y a un processus borné, muni de plusieurs freins.
« Les prêteurs prêtent de l'argent qu'ils n'ont pas. » Celle-ci est à moitié vraie. Les prêteurs ne remettent pas des économies existantes; ils créent un nouveau dépôt quand ils prêtent. Mais ce nouveau dépôt est appuyé par un nouvel actif, le prêt, que l'emprunteur doit rembourser. Et le prêteur doit quand même financer les paiements qui suivent, avec des soldes de règlement qu'il possède réellement. Un dépôt est une promesse appuyée par l'actif et le capital du prêteur. Ce n'est pas la même chose que prêter du vent.
« Tous les prêteurs sont insolvables parce qu'ils ne gardent qu'une fraction. » Il est vrai qu'un prêteur ne peut pas payer tous ses déposants en espèces le même après-midi. Presque aucune entreprise ne pourrait rembourser toutes ses obligations d'un seul coup. C'est une question de liquidité, et non de solvabilité. Un prêteur est solvable quand son actif vaut plus que son passif; il est liquide quand il peut faire face aux paiements d'aujourd'hui. Un prêteur sain est habituellement solvable et gère sa liquidité avec soin, et la Banque du Canada se tient derrière le règlement des paiements de l'ensemble du système. La page qui explique pourquoi manquer de liquidités n'est pas être insolvable illustre la différence avec un bilan simple, et la page sur les retraits massifs et l'assurance-dépôts montre ce qui arrive quand la confiance s'effondre.
« L'argent est créé à partir de rien. » Dans un sens étroit, rien de matériel n'est consommé quand un dépôt est créé. Mais deux choses sont créées en même temps: un actif et un passif de même taille, dans les livres du prêteur comme dans ceux de l'emprunteur. La valeur nette de personne n'augmente au moment où le prêt est consenti. L'emprunteur prend un engagement réel de rembourser à même ses revenus futurs, et le prêteur assume un risque réel de perte que son capital doit couvrir. L'argent est nouveau. La promesse derrière lui est bien réelle.
| Affirmation populaire | Ce qui est vrai | Ce qui manque |
|---|---|---|
| Faille d'argent infini | Le crédit peut faire croître les dépôts | La série est finie; les vraies limites sont le capital, la liquidité, les emprunteurs, la rentabilité et le taux directeur |
| Les prêteurs prêtent de l'argent qu'ils n'ont pas | Les prêts créent de nouveaux dépôts | Le dépôt est appuyé par un prêt à l'actif et doit être financé et réglé |
| Tous les prêteurs sont insolvables | Les prêteurs ne peuvent pas payer tous les déposants en espèces d'un seul coup | La liquidité n'est pas la solvabilité; l'actif appuie le passif |
| De l'argent à partir de rien | Aucune épargne existante n'est puisée | Un actif et un passif sont créés; personne n'est plus riche à la signature |
Quelles réformes a-t-on proposées, et qu'est-il advenu d'elles?
Au cours du dernier siècle, des économistes et des citoyens ont proposé des systèmes de réserves intégrales ou de monnaie pleine, dans lesquels les prêteurs ne pourraient pas créer de monnaie de dépôt. Le plan de Chicago de 1933 en était un exemple aux États-Unis. En juin 2018, les électeurs suisses ont rejeté une initiative sur la monnaie pleine, à environ 76 % contre.
L'étape 8 consiste à reconnaître que le débat est ancien et sérieux. L'idée que les prêteurs privés ne devraient pas créer de dépôts n'est pas nouvelle, et elle n'est pas marginale à l'origine.
En 1933, en pleine Grande Dépression, un groupe d'économistes aux États-Unis a présenté ce qu'on a appelé le plan de Chicago. L'idée centrale était le crédit à réserves intégrales: les dépôts servant aux paiements seraient appuyés, dollar pour dollar, par de la monnaie de banque centrale, de sorte que les prêteurs ne pourraient prêter que l'argent que des épargnants leur auraient délibérément confié à cette fin. Le plan a été largement discuté, mais il n'a jamais été adopté.
L'idée est revenue sous d'autres formes, souvent sous le nom de monnaie pleine ou de monnaie souveraine. En juin 2018, la Suisse a tenu un référendum national sur une proposition de ce genre. Les électeurs suisses l'ont rejetée, à environ 76 % contre.
Les partisans de ces réformes soutiennent qu'elles rendraient les retraits massifs impossibles et qu'elles donneraient au public, plutôt qu'aux prêteurs privés, le gain lié à la création de la monnaie. Les critiques répondent que le crédit deviendrait plus rare ou plus coûteux, qu'il se déplacerait vers des recoins moins réglementés de l'économie et que la transition comporterait de vrais risques. Des personnes raisonnables ne s'entendent pas sur la question. Ce qui compte pour une famille, c'est qu'aujourd'hui, le système canadien est celui que décrivent les étapes 1 à 6, et que c'est dans ce système que vit votre propre argent.
Qu'est-ce que cela signifie pour votre famille?
Deux rôles différents
Réserves ou capital
- 01Ce que c'estRéserves (soldes de règlement): Dépôts du prêteur à la Banque du Canada. Capital: La mise de fonds des propriétaires du prêteur.
- 02Son rôleRéserves (soldes de règlement): Aide le prêteur à payer les autres institutions. Capital: Absorbe les pertes quand des prêts tournent mal.
- 03Minimum légal au CanadaRéserves (soldes de règlement): Aucun depuis les années 1990. Capital: Le BSIF attend 11 % de CET1 des plus grandes.
- 04S'il vient à manquerRéserves (soldes de règlement): Un problème de liquidité. Capital: Un problème de solvabilité.
Les prêteurs touchent les intérêts sur l'argent qu'ils créent en prêtant. Une famille peut choisir d'être seulement emprunteuse et de payer ces intérêts toute sa vie, ou elle peut aussi bâtir, avec le temps, un réservoir de capital qui lui appartient et qui lui donne plus de choix sur la façon de financer ses propres achats. Les deux choix comportent des coûts et des responsabilités.
L'étape 9 ramène tout le tableau à la maison. Tout ce qui précède se produit, que vous y pensiez ou non. La question est de savoir ce que vous faites de cette connaissance.
Voici le contraste que je trouve le plus utile. Quand vous empruntez, le prêteur crée de l'argent, et vous payez des intérêts sur cet argent. Quand vous épargnez dans un compte de dépôt, vous prêtez au prêteur, et il vous verse un taux modeste. Dans les deux rôles, vous êtes du côté de la transaction que le système n'a pas été conçu pour favoriser. L'institution au milieu touche l'écart.
Ce n'est pas un reproche. Les prêteurs prennent de vrais risques, détiennent un vrai capital et offrent un service dont la plupart des familles ont besoin. C'est simplement un fait sur la destination des intérêts. Et une fois que vous le voyez, une autre question suit. Non pas « comment obtenir le taux le plus bas? », mais « ma famille pourrait-elle, avec le temps, posséder une partie du capital dont elle a besoin, pour ne pas toujours louer de l'argent à d'autres? »
J'y réfléchis à travers une idée que j'appelle les quatre joueurs: l'épargnant, l'emprunteur, le participant et l'administrateur. Dans le système monétaire, la plupart des familles ne reçoivent que les deux premiers rôles. La page sur le fait de posséder son propre réservoir de capital explique les quatre, et comment certaines familles utilisent un contrat d'assurance vie entière avec participation, détenu d'abord pour son capital-décès, pour assumer les deux autres rôles au fil de nombreuses années. Cela ne convient pas à tout le monde, cela demande du temps et des rentrées d'argent régulières, et cela comporte de vrais coûts; je vous invite donc à lire cette page en gardant ces limites à l'esprit.
Il y a aussi une leçon plus large dans le coût de renonciation. Chaque dollar que vous envoyez en intérêts est un dollar qui ne peut pas fructifier pour vous. Chaque dollar que vous laissez dormir a aussi un coût. Comprendre comment l'argent est créé ne vous dit pas quoi faire. Cela vous aide à poser de meilleures questions avant de signer.
La série: onze pages liées
Cette page est le centre d'une série. Chacune des pages ci-dessous répond à fond à une question.
- Posséder son propre réservoir de capital: les quatre joueurs, et comment une famille peut posséder du capital plutôt que seulement l'emprunter.
- La SADC comparée à Assuris: où attend l'argent d'une famille, et comment chaque protection fonctionne.
- Manquer de liquidités n'est pas être insolvable: réserves, capital et raisons pour lesquelles des prêteurs font faillite.
- Retraits massifs: pourquoi l'assurance-dépôts existe.
- Quand un prêt est remboursé, où va l'argent?
- Qui fixe les taux d'intérêt au Canada, et comment ils vous rejoignent.
- Argent bon marché et épargnants prudents: ce qu'ont fait les taux bas, et les rendements réels.
- L'assouplissement quantitatif expliqué: ce que la Banque du Canada a fait et pourquoi.
- Pourquoi les prêteurs préfèrent l'immobilier aux jeunes entreprises, et ce que les propriétaires peuvent faire.
- L'effet de levier expliqué: comment l'emprunt amplifie les gains et les pertes.
- 1971 et la fin de la convertibilité en or: ce qui a changé et ce qui n'a pas changé.
Ce que cette page ne vous dira pas
Cette page explique la mécanique générale de la création monétaire au Canada. Elle ne vous dira pas comment un prêteur en particulier gère son capital ou sa liquidité, quel taux d'intérêt on vous offrira, dans quelle direction les taux s'en vont, ni si un prêt ou un produit financier convient à votre situation.
Les chiffres qu'on y trouve sont ceux que j'ai lus le 5 novembre 2026: le taux directeur de 2,50 %, l'attente de capital de 11 % et la réserve pour stabilité intérieure de 3,0 %. Tous peuvent changer. La Banque du Canada a une décision de taux prévue en décembre 2026, et le BSIF revoit la réserve deux fois par année. Je vous invite à consulter les sites de la Banque du Canada et du BSIF pour connaître les valeurs à jour avant de vous fier à un chiffre.
Les bilans de cette page sont simplifiés. Les vrais prêteurs détiennent de nombreux types d'actifs et de passifs, couvrent leurs risques et suivent des règles détaillées qu'une seule page ne peut pas couvrir. Chaque montant des exemples est illustratif, et la famille hypothétique n'est pas une personne réelle.
À qui cela ne convient pas
Cette explication est un point de départ, et non un ouvrage de référence technique. Si vous étudiez l'économie monétaire, si vous préparez un dépôt réglementaire ou si vous analysez une institution précise, vous aurez besoin des publications de la Banque du Canada et du BSIF, ainsi que des travaux universitaires qu'elles citent.
Elle ne conviendra pas non plus à quiconque cherche une raison de se méfier de tous les prêteurs, ou la promesse qu'un produit permet de sortir du système. Ni l'une ni l'autre ne se trouve ici. Les prêteurs offrent un vrai service, selon de vraies règles, et la réponse la plus sage d'une famille est la compréhension, et non la colère. Enfin, si vous portez aujourd'hui des dettes à taux d'intérêt élevé, la première conversation porte habituellement sur un plan de remboursement, et non sur le fait de posséder du capital. Les choses se font dans cet ordre.
Avis important: Cette page constitue de l'information générale et de l'éducation seulement; elle ne constitue pas un conseil personnalisé en matière de finances, d'assurance, de fiscalité, de placement ou de droit. Les règles, les taux et les plafonds changent; vérifiez les chiffres à jour auprès de sources officielles comme la Banque du Canada et le BSIF. Les produits d'assurance ne sont pas des placements. Les garanties d'une police d'assurance vie entière avec participation sont des garanties contractuelles de l'assureur émetteur, qui dépendent de sa solidité financière; ce ne sont pas des garanties gouvernementales. Les participations ne sont pas garanties; elles sont déclarées chaque année par l'assureur selon les résultats de son compte avec participation, et les participations passées ne permettent pas de prévoir les participations futures. Une avance sur police (un prêt garanti par la valeur de rachat de votre assurance vie avec participation) est une dette envers l'assureur qui porte intérêt et qui réduit la valeur de rachat nette et le capital-décès tant qu'elle n'est pas remboursée. L'auteur est un professionnel de l'assurance titulaire d'un permis qui peut toucher une commission si une police est souscrite.
Laissez-moi le dire simplement, parce que je tiens à ce que vous le lisiez. Cette page enseigne comment l'argent fonctionne; elle ne vous dit pas quoi faire du vôtre. Les chiffres vont changer; je vous invite donc à les vérifier avant de vous y appuyer. Quand je parle d'assurance, rappelez-vous qu'il s'agit d'abord d'assurance, que ses garanties viennent de l'assureur et non du gouvernement, et que les participations ne sont jamais promises. Et oui, je suis titulaire d'un permis pour vendre de l'assurance et je peux toucher une commission si vous souscrivez une police. Vous méritez de le savoir avant de me poser la moindre question.
Si vous aimeriez réfléchir à ce que tout cela signifie pour votre propre famille, je vous invite à réserver une rencontre découverte gratuite de 30 minutes.
Rencontre découverte de trente minutes
Une première conversation sert à établir si cela vous convient. Aucune illustration n'est préparée et rien n'est arrangé.
Il arrive souvent que la réponse soit non, et vous l'entendrez pendant l'appel plutôt que dans une proposition ensuite.
Ce formulaire est acheminé au Centre canadien de création de patrimoine inc. Toute rencontre, tout conseil et tout produit d'assurance sont fournis par le Centre canadien de création de patrimoine inc., par l'entremise de ses représentants autorisés dans la province de résidence du client. Financière CBI est le site éducatif de la société: elle ne distribue aucun produit ni service financier et ne donne aucun conseil individualisé.
Questions fréquentes
Les prêteurs au Canada prêtent-ils l'argent de leurs déposants?
Y a-t-il des réserves obligatoires au Canada?
Quelle est la différence entre les réserves et le capital?
L'argent disparaît-il vraiment quand un prêt est remboursé?
Les prêteurs peuvent-ils créer de l'argent sans limite?
Créer de l'argent par un prêt, est-ce enrichir quelqu'un?
Qu'est-ce qu'un solde de règlement?
Pourquoi une famille devrait-elle s'intéresser à la création de l'argent?
Sources
- Bibliothèque du Parlement, publication 2015-51-F, sur la création de la monnaie au Canada: la majorité de l'argent est créée lorsque les prêteurs consentent de nouveaux prêts, chacun créant un dépôt correspondant; révisée le 19 mai 2021, vérifié le 2026-11-05
- Banque d'Angleterre, Money creation in the modern economy, Quarterly Bulletin 2014 T1: les prêts créent les dépôts, le remboursement détruit de la monnaie, le multiplicateur mécanique ne décrit pas le crédit, vérifié le 2026-11-05
- Bordo et Redish, Revue de la Banque du Canada, hiver 2005 à 2006: le Canada a éliminé graduellement les réserves obligatoires de 1992 à 1994, vérifié le 2026-11-05
- Banque du Canada, Cadre de mise en œuvre de la politique monétaire: système de taux plancher depuis le 23 mars 2020; taux de rémunération des dépôts fixé 5 points de base sous la cible depuis le 30 janvier 2025, vérifié le 2026-11-05
- Banque du Canada, page du taux directeur: 2,50 % après une hausse de 25 points de base annoncée le 28 octobre 2026; cible d'inflation de 2 %, vérifié le 2026-11-05
- BSIF, page de la réserve pour stabilité intérieure, modifiée le 2026-06-19: attente de 11 % de fonds propres CET1 pour les institutions de dépôt d'importance systémique intérieure, RSI de 3,0 %, vérifié le 2026-11-05
Dernière révision: 2026-11-05. Par José Salloum, conseiller en sécurité financière au Québec. En Ontario, Life and Accident & Sickness Insurance Agent. En Colombie-Britannique, Life Insurance Agent.
Prendre rendez-vous

